Publié le 08/09/2008 08:52 | LaDepeche.fr

Une prime transport à géométrie variable

Social. Les syndicats dénoncent une inégalité entre les salariés, du fait d'une aide qui serait non obligatoire, et pas assez élevée.

Le gouvernement cherche à compenser sur la feuille de paie a flambée du prix des carburants. Photo DDM, Michel Viala.
Le gouvernement cherche à compenser sur la feuille de paie a flambée du prix des carburants. Photo DDM, Michel Viala.

La prime transport prend forme. Hier, Christine Lagarde, ministre de l'Economie, en a précisé les contours… qui, déjà, provoquent la polémique.

Deux types d'aides sont envisagés. La première, acceptée par tous, concerne les transports en commun : le gouvernement envisage d'étendre le dispositif en vigueur en Ile-de-France, qui oblige les employeurs à payer la moitié de l'abonnement transport du salarié.

La deuxième est plus problématique. Elle concerne, pour ceux qui utilisent une voiture individuelle, le versement -non obligatoire- d'une prime de 200 euros, exonérée de charges sociales. L'idée a fait bondir Jean-Claude Mailly (voir ci-contre). Mais aussi François Hollande : « Ceux qui sont obligés de prendre leur voiture ne peuvent pas attendre du bon vouloir de leur chef d'entreprise d'être pour partie remboursés de leur frais. » La situation créerait de fait un déséquilibre et une inégalité entre les salariés.

« Il faut s'adapter au terrain, a commenté Christine Lagarde. Il faut mettre les responsables sur le terrain face à leurs responsabilités. »

L'entourage de François Fillon, ainsi que Christine Lagarde, ont cependant assuré qu'aucun arbitrage ne pourrait intervenir avant que les partenaires sociaux n'aient remis leurs propositions au Premier ministre. Le délai est fixé au 15 septembre.

L'idée de François Fillon n'a pas entraîné l'enthousiasme des syndicats, qui ont été peu nombreux à discuter du sujet. Seuls trois organisations (FO, CFTC et CGC) ont répondu à l'invitation lancée par la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME). Elles ont prévu de se retrouver mercredi pour tenter de « faire des préconisations communes ».

« erreur économique »

Côté patronat, on digère plutôt mal l'idée de la prime transport. Laurence Parisot, présidente du Medef, a d'ailleurs refusé de participer aux négociations, qualifiant « d'erreur économique » l'aide au transport, et regrettant que « l'enjeu unique soit d'augmenter les charges des entreprises ».

L'Upa (artisanat) s'est également opposée « à toute mesure qui imposerait une charge financière supplémentaire aux entreprises ». La CGPME a demandé à l'État « d'assumer financièrement le poids de ses décisions politiques ».


« 200 €, c'est un peu court »

Secrétaire général de Force Ouvrière, Jean-Claude Mailly juge avec scepticisme et déception la prime transport préparée par le gouvernement. « C'est une proposition à moitié valable », dit-il. D'accord pour la partie concernant le transport collectif - « C'est ce que nous demandions » -, Jean-Claude Mailly est en totale opposition avec le volet transport individuel.

« 200 euros, c'est un peu court », a-t-il lancé, hier sur RTL. Tout en espérant que l'hypothèse retenue ne soit pas définitive, il estime aussi que cette somme n'a pas à être « facultative » : « C'est l'employeur qui déciderait selon son bon vouloir s'il accorde ou pas cette prime. Cette prime doit être obligatoire car il y a beaucoup de salariés aujourd'hui qui ne peuvent pas faire autrement que de prendre leur véhicule pour aller travailler, parce que le transport collectif n'existe pas, ou qu'ils travaillent en horaire décalé. » Ou même parfois les deux.

 
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RÉACTIONS DES LECTEURS
Une injustice de plus (par clauclau)

Le salarié qui a besoin de son véhicule pour exercer son activité professionnelle (déplacements, rendez-vous, visites de clientèle)ou encore celui dont le lieu de travail serait mal desservi par les transports en commun serait donc pénalisé par rapport au salarié exempt de ces contraintes. Encore un bel exemple à la fois de l'incapacité notoire du gouvernement à agir sur l'amélioration du pouvoir d'achat (contrairement aux promesses de campagne) et de sa haute propension à distinguer sans cesse les bons et les mauvais citoyens(ici, ceux qui prennent les transport en commun sont opposés à ceux qui utilisent leur voiture; ailleurs, ceux qui ont un régime de retraite favorable, à ceux qui se devraient de les jalouser; ou encore les chômeurs-tricheurs, ou les malades-tricheurs -l'amalgame est rapide- à ceux qui travaillent et paient des cotisations; etc. etc.)
Une politique où l'on a toujours besoin de désigner des responsables pour faire oublier le reste, cela porte un nom.

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Prime transport comme aide et incitation (par serdan - tournefeuille)

Une prime pour le transport en voiture est une prime d'aide au salarié mais ne pousse personne (salarié mais aussi collectivité locale, entreprise) à faire diminuer le transport par voiture personnelle.

Ou plutôt oui, si on explique à l'employeur qu'il ne payera plus cette prime si ses salariés utilisent le transport collectif alors c'est une prime incitative. Mais je n'ai pas encore entendu cet argument.

Comment inciter les employeurs à ne plus demander à leurs salariés des horaires variables, personnalisés qui poussent à utiliser la voiture personnelle ?

Comment inciter les gros employeurs à remettre en place les BUS d'entreprise (qui ont disparus) ?

Comment inciter les employeurs à mettre de l'argent sur la table des collectivités locales pour qu'elles organisent un transport en commun efficace (voir la ligne 21 sur Toulouse) ?

La question du transport au travail est plus large . La réduire à accepter ou non de payer/recevoir une prime : cela me fait rigoler...

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